Le changement climatique modifie nos modes de vie, intensifiant les sécheresses, les vagues de chaleur et l’instabilité météorologique. Cette problématique touche principalement le continent africain, qui ne représente cependant que moins de 4% des émissions de gaz à effet de serre sur le globe. Ce sujet nous pousse aussi à reconsidérer nos méthodes de vie et de construction sur le continent. Devant ces défis, une solution efficace, durable et locale se trouve littéralement sous nos pieds : La terre. Ancestrale, écologique et adaptées aux climats chauds, la construction en terre représente une alternative viable aux matériaux modernes, souvent plus polluants et moins adaptés aux conditions locales..

Pourquoi la terre crue peine-t-elle à convaincre ?

Il subsiste encore en Afrique une forme de colonisation culturelle en ce qui concerne les maisons en terre crue, ainsi qu’un regard souvent négatif sur leur beauté, leur légitimité et leur valeur. Cette perception méprisante tend à effacer leurs nombreux avantages et à sous-estimer leur utilité dans la construction durable.

L’Afrique fait face à une crise du logement en milieu urbain, où les prix deviennent excessivement élevés. Cette hausse est en grande partie due au coût élevé des matières premières. Une étude (Adegun, Adedeji, 2017) menée dans plusieurs pays montre que cette augmentation représente 60 à 70 % du prix total des logements au Ghana, plus de 76 % en Tanzanie et 68 % au Kenya. Ces chiffres alarmants montrent l’urgence de repenser nos choix de matériaux de construction et d’explorer des alternatives plus abordables.

En parallèle, la forte demande en logements entraîne une augmentation des émissions de gaz à effet de serre. Les estimations indiquent que ces émissions pourraient doubler d’ici 2050, principalement à cause de l’utilisation de matériaux non renouvelables comme le béton.

Revenir aux techniques ancestrales, comme la construction en terre crue, pourrait apporter de nombreux avantages. Ce matériau, naturellement adapté aux climats chauds en conservant et diffusant de l’air plus frais, permettrait de réduire les coûts de construction, de sourcer des matériaux locaux, de créer de nouveaux emplois et de revaloriser un savoir-faire traditionnel en voie de disparition.

Cependant, la construction en terre crue reste perçue négativement dans de nombreuses régions. Beaucoup l’associent encore à la pauvreté et pensent, à tort, qu’elle est moins solide que le béton ou le ciment.

De plus, les préférences esthétiques et le mode de vie moderne influencent ces choix. Par exemple, les maisons en terre crue ont souvent moins de fenêtres, ce qui limite la lumière naturelle mais réduit aussi la chaleur excessive. Or, dans une Afrique où la classe moyenne grandit et où l’accès à la climatisation se démocratise, cet argument perd en poids.

Néanmoins, une grande partie de la population n’a pas accès à l’air conditionné et pourrait grandement bénéficier d’une redécouverte des techniques de construction en terre crue, qui sont à la fois écologiques, économiques et adaptées aux conditions locales. Il est donc essentiel de changer les perceptions et de valoriser ces solutions durables pour l’avenir du logement en Afrique.

Le Béton, polluant toxique et dévastateur

Contrairement à la terre crue, le béton et d’autres matériaux couramment utilisés dans la construction accumulent la chaleur au lieu de la réguler. Ces matériaux ne sont donc pas les plus adaptés aux climats chauds. Cela se traduit par une forte dépendance à la climatisation, notamment au Sénégal, où elle représente 84 % de la consommation de gaz frigorifiques.

L’impact du béton ne s’arrête pas là. Son utilisation est directement liée à l’érosion côtière : la forte demande en sable pour la construction réduit les plages et fragilise les littoraux.

Sur le plan environnemental, le béton est la deuxième substance la plus utilisée au monde et le troisième plus grand émetteur de dioxyde de carbone, contribuant fortement aux gaz à effet de serre. Sa fabrication nécessite du ciment, qui lui-même provient de l’extraction du calcaire, une activité qui entraîne déforestation et destruction des habitats naturels.

Bien que le béton soit apprécié pour sa solidité et sa durabilité, il représente un danger pour notre santé et notre environnement, accélérant le réchauffement climatique. L’Afrique, bien qu’étant l’un des continents les moins responsables des émissions mondiales, est celui qui en subira les plus lourdes conséquences. Il est donc urgent d’agir, de repenser nos modes de construction et de privilégier des solutions durables adaptées aux réalités locales. L’avenir de nos générations en dépend.

La Terre, un matériau ancestral

La construction en terre crue est l’une des plus anciennes méthodes utilisées à travers le monde pour bâtir des structures. Pratiquée depuis des millénaires, elle a marqué des civilisations telles que celles de la Mésopotamie, des précolombiens, des Africains, et même des régions d’Europe il y a plus de 6000 ans avant J-C.

Malgré les idées reçues qui tendent à la dévaloriser, cette technique ancestrale regroupe diverses méthodes de construction comme le BTC (Bloc de Terre Comprimée), le pisé, ou encore le torchis, qui continuent à être employées dans certaines régions du monde aujourd’hui.

  • Maison en pisé

Cette technique repose principalement sur l’utilisation de la terre et de l’eau. À la fois simple et ingénieuse, cette technique requiert une terre argileuse à la granulométrie précise pour garantir la robustesse et la longévité de la construction.. La terre est ensuite compactée entre deux planches de bois, un procédé connu sous le nom de construction en banches. Ce processus permet de dresser des murs robustes, constitués de blocs de terre densément compactés.

  • Maison en torchis

Cette méthode est souvent considérée comme l’ancêtre du béton. Elle consiste à mélanger de la terre (qui remplace le ciment), de la paille, un peu d’eau et parfois d’autres fibres pour assurer la stabilité de la construction. Une autre approche consiste à combiner ces mêmes éléments, mais en utilisant la technique des banches, où la terre et la paille sont compactées entre des planches de bois pour former les murs.

  • BTC ou Maison en briques de terre compressés

C’est de la terre tamisée (préférablement sablo-argileuse), très peu humide et comprimée à l’aide d’une machine à presse. Ces briques sont prêtes à être utilisées une à trois semaines après fabrication pour laisser un temps de séchage et solidification du matériel.

De nombreux architectes africains dans la quête du changement

L’architecture africaine compte des leaders visionnaires comme Francis Kéré, qui s’efforce de démontrer que l’on peut construire en Afrique avec des matériaux naturels tout en garantissant qualité et modernité. En 2022, il reçoit le prix Pritzker, la plus prestigieuse récompense en architecture. Son travail repose sur une philosophie simple mais puissante : utiliser des matériaux locaux pour bâtir des infrastructures adaptées aux conditions climatiques africaines. 

En 2001 il crée l’école primaire de Gando, qui est son village d’enfance. C’est son premier projet où il va inviter les habitants du village à se joindre à lui dans la conception du bâtiment afin de mieux comprendre les enjeux et de s’imprégner du lieu. 

Ecole primaire de Gando créée par “Kéré Architecture”

En 2010, il contribue également au Parc National du Mali en construisant plusieurs infrastructures, dont le pavillon d’entrée, à l’occasion du 50ᵉ anniversaire de l’organisation.

National Park of Mali / Kéré Architecture | ArchDaily

Parc National du Mali par “Kéré Architecture”

Écrit par Anita Sarr

Sources

  • Ouinakonhan, C. (2024, December). Journée Mondiale du Climat – 8 decembre 2024. JOURNÉE MONDIALE DU CLIMAT – 8 DECEMBRE 2024 | Bienvenue à l’Observatoire du Sahara et du Sahel. https://www.oss-online.org/fr/jmc-24

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