SUSPENSION DES RÉSEAUX SOCIAUX AU GABON

Depuis le 27 février 2026, Instagram, TikTok, YouTube, Facebook et whatsapp sont censurés au Gabon. La décision a été prise par la Haute Autorité de la Communication pour prévenir la diffusion de contenus jugés comme une menace pour la sécurité nationale et la stabilité des institutions.

Mais quelles sont ces vidéos ou images qui ont amené la HAC à censurer tout le pays ? Existent-elles vraiment ? 

Dans un contexte d’instabilité sociale causé par l’arrêt forcé des cours et les contestations répétées des enseignants, plusieurs rumeurs circulent. 

Ce cas de censure n’est pas le premier au Gabon ni le premier en Afrique. 

Depuis 2020 en Guinée, des nombreuses périodes de  censure d’internet ont été reportées par les organisations médiatiques et de défense des droits humains. À l’occasion du forum sur les droits numériques du 23/12/2025 à Conakry, des dénonciations ont eu lieu afin d’alerter les autorités de la situation. Ces censures étaient parfois partielles à la suite des mouvements populaires ou totale durant les périodes électorales pour empêcher et prévenir les regroupements de personnes. Procédure qui entrave les libertés individuelles. 

Au Sénégal : le pays a connu plus de 1219 heures de censure d’internet, entre 2021 et 2024, déclaré illégales par la cour de la CEDEAO. Ces censures ont eu lieu en période de mobilisations sociales notamment lors des mouvements de contestation à la suite de la condamnation d’Ousmane Sonko en 2023.

À Dakar, des militants venus soutenir Ousmane Sonko après son arrestation.  SEYLLOU / AFP

Nous avons également le Soudan dont l’instabilité perdure depuis des années, le Tchad, l’Ethiopie, le Mozambique, le Zimbabwe et récemment le Congo Brazzaville dont les élections se sont déroulées du 16 au 17 mars 2026. Selon Afrik Mag : “Les gouvernements justifient souvent les coupures d’Internet en invoquant des problèmes de sécurité nationale, des tensions liées aux élections ou des efforts visant à prévenir la désinformation.” 

Pour le cas du Gabon, en 2016 et 2023, l’accès à internet a été censuré avant et après les résultats des présidentielles. En 2016, la connexion a été coupée à l’annonce du président sortant Ali Bongo pour empêcher la divulgation des données réelles sur le nombre de décès dus aux répressions suite au soulèvement de la population. La seconde fois fut pour prévenir les potentielles vagues de violences et les rassemblements de masse à l’annonce des résultats présidentiels. Cependant, le coup d’état de l’actuel président, Brice Clotaire Oligui Nguema, a adouci la situation. 

Mais comment est-il possible de censurer internet sur l’entièreté d’un territoire ? 

Le président du Gabon, Brice Clotaire Oligui Nguema, en janvier 2026. © Présidence du Gabon

Aujourd’hui, la coupure d’accès à internet peut être provoquée par des problèmes de câblage comme c’est le cas au Cameroun ou en Centrafrique ; où le réseau de fibres optiques est souterrain. 

La censure , quant à elle, peut être commandée par les gouvernements et appliquée par des groupes de communication privés. En Guinée, c’est l’entreprise franco-allemande LS Telcom, spécialisée en production de systèmes de contrôle et régulation des médias, qui se cache derrière les censures d’internet. En 2024, les réseaux sociaux guinéens ont été censurés pendant 3 mois puis rétablis à la suite de la dissolution du gouvernement, sous la présidence de Mamadi Doumbouya.

Selon l’enquête de Thomas Dietrich, lors du coup d’État de 2021, c’est l’un des homologues de Mamady DOUMBOUYA qui se chargeait du contrôle des caméras de surveillance de la présidence ; élément clé qui a garanti le succès de l’opération. À la suite du coup, l’homologue du président Mamady D. a été nommé par décret présidentiel, au poste de directeur général de l’Autorité de Régulation des Postes et Télécommunications (ARPT).

C’est cet organisme qui régule les télécommunications dans le pays à l’aide “d’un système de gestion automatisé du spectre” fourni par LS Telcom. Selon la même enquête, l’entreprise déclare être “ très fière de pouvoir mettre son savoir-faire à disposition des pays africains afin de leur permettre le développement du secteur des technologies de l’information et de la communication. Elle entretient également des relations commerciales avec d’autres pays d’Afrique francophone tels que le Togo, le Tchad, le Congo Brazzaville et la Tunisie, et fait partie de l’Union Africaine des télécommunications depuis 2016.

Cela dit, la présence d’instances européennes dans la restriction des libertés fondamentales en Afrique pose une autre question.

N’assiste t-on pas à une véritable récupération de la rhétorique coloniale ? En effet, malgré la liberté de la presse accordée en 1946, la presse privée des colonies françaises a rapidement disparu après les indépendances de 1960, remplacée par un monopole médiatique étatique et une censure politique durable au nom de l’unité nationale et du développement. Car la censure de l’expression populaire permet d’uniformiser les discours et de ne pas compromettre la stabilité des gouvernements semi-autoritaires. 

Au Gabon, l’absence de vidéos qui peuvent justifier cette censure nationale amène la population à supposer que le gouvernement chercherait à cacher des vidéos pornographiques qui les engagent. Selon ces mêmes rumeurs, plusieurs sommes d’argent ont été volées et le gouvernement aurait signé des accords avec la France et autres pays occidentaux sur les ressources minières et pétrolières du pays. 

suspensions réseaux sociaux Gabon

Et si l’une de ces rumeurs est avérée, couper les réseaux c’est empêcher les rassemblements, les potentielles contestations et bloquer les espaces de libres échanges dont les discussions pourraient salir l’image du Gabon et décrédibiliser les institutions. 

Ainsi, la censure n’a toujours pas été levée au Gabon et aucune information supplémentaire n’a été donnée par les membres de la Haute Autorité de la Communication.

Cependant, malgré la restriction, la population a su rester connectée et continue ses activités en ligne grâce à l’utilisation de VPN. Face à ce constat, la HAC envisage désormais de censurer également leur utilisation. Selon plusieurs de nos correspondants des rafles sont organisées dans certains carrefours du grand Libreville pour arracher les téléphones des utilisateurs.

Les VPN classiques deviennent plus lents et il faudrait télécharger des versions payantes pour pouvoir surfer convenablement. Alors que la facture de ces procédures restrictives s’élèvent en milliards de Franc CFA, la grève des professeurs qui réclament leur salaire de plusieurs mois, et la dette d’électricité qui donne lieu à des délestages réguliers viennent questionner la notion de priorité des actions du gouvernement.

Sont-ils vraiment prêts à tout pour conserver leur prestige ? 

Sources :

Documentaire Thomas Dietrich : https://youtu.be/ypHsn4kRRZc?si=QLd3w7qY8KBOY78V 

Liberté de la presse de l’époque coloniale : Les censures dans le monde – Censure de l’information en Afrique subsaharienne francophone : la censure dans les régimes semi-autoritaires – Presses universitaires de Rennes  

Censure en Guinée Konakry : En Guinée, les restrictions d’accès à internet ont été levées https://www.guinee7.com/2025/12/24/guinee-la-societe-civile-denonce-une-censure-numerique-persistante/ 

Gabon : 

Censure2016 : https://www.liberation.fr/planete/2016/09/05/gabon-debrancher-internet-le-reflexe-de-l-autocrate_1484703/

Censure 2023: Gabon: Fermeture des frontières, suspension de médias et coupure de l’internet – Un coup d’etat électoral en téléchargement – allAfrica.com 

Censure Actuelle : Marie Noëlle Ada Meyo : « Le Gabon mérite beaucoup mieux » [Interview] | Africanews 

Crises sociale : Gabon : la grève des enseignants perdure | Africanews Tragédie au Lycée Léon Mba : un élève de première se donne la mort – 

Censures en Afrique : 

9 pays africains ayant connu le plus de coupures d’Internet en 2024 

Senegal 

1219 heures de coupures d’internet en 3 ans : le Sénégal a perdu 9 milliards FCFA | Senegal

La Cour de la CEDEAO déclare illégale la coupure d’Internet au Sénégal – African Percentions 

Coupure en Centrafrique : Centrafrique : le vandalisme de la fibre optique fragilise la connectivité Internet 

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