L’Égyptien Mohamed Salah est le seul athlète né sur le continent africain à figurer dans le classement Forbes 2026 des cinquante sportifs les mieux rémunérés au monde, avec des revenus estimés à 55 millions de dollars. Un chiffre qui en dit long sur l’état de l’économie sportive mondiale et sur la place qu’y occupe l’Afrique. 

UN SEUL NOM SUR CINQUANTE

Selon le classement Forbes des cinquante athlètes les mieux payés au monde, Mohamed Salah est le premier footballeur africain à figurer dans cette liste. Ses 55 millions de dollars de revenus annuels incluent environ 35 millions provenant de son salaire et de ses primes à Liverpool. Il pointe à la 47e place soit à la limite basse du palmarès. Juste au seuil.

Un homme en costume gris, tenant un trophée, se tient sur scène avec des lumières en arrière-plan. Deux autres hommes, l'un en smoking et l'autre en vêtements traditionnels, l'accompagnent.

La barre d’entrée pour figurer dans ce Top 50 était fixée à 54,6 millions de dollars cette année, selon les données publiées par Forbes. Salah passe. De justesse. Derrière lui, dans le classement général des sportifs africains toutes disciplines confondues, le vide est béant.

Riyad Mahrez, l’Algérien évoluant en Arabie Saoudite, avec 53,5 millions de dollars, ne figure pas dans le classement (d’autant plus que la quasi-totalité provient de son contrat saoudien). Sadio Mané, le Sénégalais, apparaissait quant à lui à la 52e position, juste hors du Top 50, avec 50 millions de dollars de revenus annuels. Trois Africains, donc. Mais un seul qui franchit la ligne officielle.

LA QUESTION MBAPPÉ-BENZEMA : QUI COMPTE POUR L’AFRIQUE ?

Le débat a, comme chaque année, resurgi dès la publication du classement : Kylian Mbappé et Karim Benzema deux des footballeurs les mieux payés de la planète ne sont-ils pas, eux aussi, africains ?

Né à Bondy en banlieue parisienne, Kylian Mbappé est le fils de Wilfried Mbappé, d’origine camerounaise, et de Fayza Lamari, aux racines algériennes. Cette double ascendance africaine a indéniablement contribué à forger l’identité du joueur. Lors du podcast « The Bridge », Mbappé a déclaré que si il avait dû choisir une sélection africaine, il aurait opté pour le Cameroun, le pays natal de son père, dont il se sent culturellement plus proche. Forbes le classe côté France. Le continent africain ne touche pas un centime de cette reconnaissance symbolique.

Un homme assis sur un canapé noir, portant une chemise à motifs et un t-shirt blanc, gesticulant pendant une discussion.
Kylian Mbappé lors du podcast The Brigde

Pour Benzema, le même mécanisme est à l’œuvre. Dans un entretien accordé à LCI en janvier 2026, Karim Benzema a clairement refusé de hiérarchiser ses appartenances : « Ce n’est pas une histoire d’ordre, je suis un peu tout ça. J’ai ma famille, j’ai mes origines aussi en Algérie avec mon papa qui est né en Algérie. » En février 2026, Benzema s’est engagé avec Al-Hilal en Arabie Saoudite et Forbes le comptabilise dans le total mondial, sans que l’Algérie, ni l’Afrique du Nord, n’en bénéficie dans les narratifs de représentation.

La question n’est pas de revendiquer ces joueurs comme « africains » contre leur gré. C’est de pointer l’absurdité d’un système de classement qui mesure la richesse des individus mais dit finalement très peu sur qui produit, forme, et exporte les talents qui génèrent ces fortunes.

L’AFRIQUE FABRIQUE, LE MONDE ENCAISSE

Le continent africain est la première exportatrice nette de footballeurs au monde. Chaque année, des centaines de jeunes talents quittent Lagos, Dakar, Accra, Lomé, Nairobi ou Casablanca pour rejoindre des académies et clubs européens. Ils génèrent des transferts records, des audiences milliardaires, des merchandises planétaires. Et pourtant, quand vient l’heure des classements de revenus, l’Afrique disparaît.

Forbes évalue les revenus des sportifs sur une période de douze mois : salaires, primes, contrats d’endorsement, licences et revenus annexes. C’est précisément là que le bât blesse pour les athlètes africains; les infrastructures commerciales, les agences de sponsoring, les marques qui signent des contrats à neuf chiffres sont quasi-exclusivement concentrées en Europe, en Amérique du Nord et, désormais, dans le Golfe. Un joueur africain qui reste jouer au continent, même au sommet de son art, ne pourra structurellement pas accéder à ces revenus d’endorsement.

Salah lui-même tire une part substantielle de ses 55 millions de sources extérieures au terrain : son portefeuille d’endorsements inclut des partenariats avec Adidas, Vodafone, Pepsi et DHL, pour un total estimé à 20 millions de dollars en revenus hors-terrain. C’est en jouant à Liverpool, dans l’une des franchises les plus commercialisées du monde, qu’il a pu bâtir ce portefeuille. Pas en restant en Égypte.

Un homme portant une chemise blanche examine de près une chaussure de football blanche et dorée, mettant en valeur son design.
Dernière campagne Adidas de Mohamed Salah

CE QUE DIT CE CHIFFRE SUR 2026

Un seul Africain natif dans le Top 50 mondial des sportifs les mieux payés, l’année même où la Coupe du Monde voit se qualifier 10 équipes africaines, un record. L’ironie est cruelle mais pas si surprenante.

Le Top 10 du classement Forbes 2026 est dominé par le football et le basketball, avec Cristiano Ronaldo en tête à 300 millions de dollars, suivi de Canelo Álvarez, Lionel Messi, LeBron James et Shohei Ohtani. L’Afrique n’y figure pas. Le Moyen-Orient, via l’argent saoudien qui finance Ronaldo et attire désormais Benzema, y figure indirectement. Mais les nations africaines, leurs fédérations, leurs académies, leurs familles de joueurs, elles continuent de regarder ce classement depuis l’extérieur.

La vraie question que ce classement pose à HIDA, et à toute réflexion sérieuse sur le sport africain, n’est pas « pourquoi il n’y a qu’un seul Africain dans le Top 50 ? ». C’est : quand le continent africain décidera-t-il de construire les écosystèmes commerciaux qui permettront à ses athlètes de gagner leur valeur réelle sur son propre sol ?


RÉFÉRENCES

  1. Egypt’s Mohamed Salah Stands Alone on Forbes 2026 Highest-Paid Athletes List — The Voice of Africa, 24 mai 2026 https://thevoiceofafrica.com/2026/05/24/mohamed-salah-africa-forbes-highest-paid-athletes-2026/
  2. The Seven Highest Paid Soccer Players in the World — Ranked — Sports Illustrated, mai 2026https://www.si.com/soccer/highest-paid-soccer-players-world-ranked-2026
  3. Forbes 2026 Highest-Paid Athletes List — Bleacher Report, mai 2026https://bleacherreport.com/articles/25430214-forbes-2026-highest-paid-athletes-list-drops-rankings-lebron-james-steph-curry-more-revealed
  4. How many football stars made the top 100 highest paid athletes list — HITC, janvier 2026https://www.hitc.com/how-many-football-stars-made-the-top-100-highest-paid-athletes-list-cristiano-ronaldo-regains-the-top-spot/
  5. Karim Benzema parle de ses origines algériennes — Observ’Algérie, 14 janvier 2026https://observalgerie.com/2026/01/14/societe/karim-benzema-parle-de-ses-origines-algeriennes-video
  6. Kylian Mbappé revendique ses origines algériennes, camerounaises — Afrik.com, 2025https://www.afrik.com/kylian-mbappe-revendique-ses-origines-algeriennes-camerounaises-et-portugaises
  7. Why no women are among the 2026 Forbes list of 50 highest-paid athletes — Face2Face Africa, 25 mai 2026https://face2faceafrica.com/article/why-no-women-are-among-the-2026-forbes-list-of-50-highest-paid-athletes-even-coco-gauff
  8. Mohamed Salah Net Worth 2026 — The Middle East Insider, avril 2026https://themiddleeastinsider.com/2026/04/13/mohamed-salah-net-worth-2026-how-much-worth/

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