Aujourd’hui, les stades américains s’allument pour une édition qui promet de récrire les hiérarchies. L’Afrique du Sud sera le premier pays africain à ouvrir le bal ce jeudi 11 juin face au Mexique, mais il y a deux autres affiches qui concentrent à elles seules l’essentiel des espoirs, des mémoires et des ambitions d’un continent : Brésil-Maroc le 13 juin à New York, France-Sénégal le 16 juin dans le même stade. Pour qui grandit avec le football africain dans la peau, ces matchs ne sont pas de simples rencontres de premier tour. Ce sont des rendez-vous avec l’histoire.
LE MAROC FACE AU BRÉSIL

Il y a quelque chose d’ironique dans ce tirage du Groupe C. En 1998, le Maroc croisait déjà le Brésil et l’Écosse lors d’un Mondial, avant de rentrer chez lui tête baissée après une défaite 3-0 face à la Seleção. Vingt-huit ans plus tard, la même affiche se rejoue, mais les Lions de l’Atlas ne sont plus la même équipe, et le Brésil non plus n’est plus tout à fait le même mythe.
Les confrontations historiques entre les deux nations restent peu nombreuses et longtemps favorables au Brésil : deux victoires brésiliennes, 2-0 en 1997 et 3-0 au Mondial-98. Mais en mars 2023, à Tanger, quelque chose s’est craquelé dans cette domination. Le Maroc a battu la Seleção 2-1, une victoire de prestige que personne ne cherchait à minimiser dans les rues de Casablanca. C’était la première fois dans l’histoire. Ce résultat-là ne fait pas que changer les statistiques : il change le rapport psychologique entre les deux équipes.
À l’heure où ces lignes sont écrites, le Maroc entre dans ce Mondial avec une transition délicate à gérer. Walid Regragui, l’architecte du miracle qatari de 2022, quarts, demi-finales, quatrième place mondiale, a quitté son poste en mars 2026. Son successeur, Mohamed Ouahbi, arrive d’un titre mondial U-20 en 2025, propulsé dans le grand bain sans période d’adaptation. Le groupe qu’il hérite est de classe mondiale, les automatismes sont là, mais l’incertitude tactique subsiste.

En face, le Brésil débarque avec son propre feuilleton de reconstruction. Carlo Ancelotti n’a pas encore totalement dissipé les doutes après une campagne de qualification sud-américaine irrégulière. Le Brésil se cherche collectivement, et c’est précisément ce type d’adversaire qu’une équipe aussi structurée que le Maroc peut piéger. Cinq étoiles mondiales, une attaque flamboyante conduite par Vinícius Junior et Raphinha, mais aussi des fragilités en transition défensive que les Lions ont prouvé qu’ils savaient exploiter.

Le duel individuel qui va définir l’issue du match est connu d’avance : Vinícius Junior contre Achraf Hakimi. Deux joueurs qui partagent le vestiaire du PSG et qui se retrouveront ce soir-là sur des bancs opposés. Vinicius, Ballon d’Or en trône, avec sa vitesse de dribble qui dévore les défenseurs en un contre un. Hakimi, l’un des rares latéraux du football mondial à posséder la vitesse de récupération, la puissance physique et l’intelligence tactique pour le contenir. Ce duel-là vaut à lui seul un billet. Pendant ce temps, Sofyan Amrabat sera chargé d’étouffer Raphinha dans les couloirs centraux, empêchant la star de Barcelone d’alimenter les courses en profondeur brésiliennes.
La force du Maroc n’a jamais été une individualité, c’est un bloc. Défense disciplinée, milieu travailleur, transitions rapides et redoutables. Face au Brésil qui voudra contrôler le ballon et attaquer, le profil marocain est exactement calibré pour défendre bas, compacter les lignes et punir sur les contre-attaques. Ce scénario-là, on l’a vu fonctionner contre l’Espagne, le Portugal et la France en 2022.
LE SÉNÉGAL FACE À LA FRANCE

Il existe des dates dans le football africain qui ne meurent jamais. Le 31 mai 2002 en est une. Ce jour-là, à Séoul, Pape Bouba Diop surgit dans la surface française à la 30e minute et trompe Fabien Barthez. Le Sénégal bat la France 1-0, la France championne du monde en titre. Pour la première fois de l’histoire, une sélection africaine battait en compétition officielle le tenant du titre lors d’une phase finale de Coupe du monde. Ce n’était pas un coup de chance. C’était une déclaration.
Vingt-quatre ans plus tard, le tirage du Groupe I les réunit à nouveau. Même scénario sur le papier, même stade métropolitain de New York comme décor, et déjà cette charge émotionnelle unique qui accompagne tout match Afrique-France depuis lors. Mais les rôles ont évolué. Le Sénégal de 2026 n’est plus l’outsider mystérieux qu’avait guidé Bruno Metsu. Champion d’Afrique en titre, qualifié via une campagne africaine solide, il débarque avec un statut de nation établie et une génération habituée au très haut niveau européen.
La France, elle, reste ce qu’elle est : une des équipes les plus riches tactiquement et individuellement du monde, championne en 2018, finaliste en 2022, avec un effectif impressionnant en profondeur autour de Kylian Mbappé. Le bilan officiel entre les deux nations est lapidaire pour les Bleus : un seul match, une seule défaite, zéro but marqué. La génération Mbappé arrive avec une revanche à prendre et les Sénégalais le savent.

Le sélectionneur Pape Thiaw incarne lui-même ce lien entre les deux époques. Il était sur le terrain en 2002, joueur de ce même groupe qui avait renversé la France. Aujourd’hui sur le banc, il connaît mieux que quiconque le poids de cet héritage et comment le transformer en énergie.
Côté sénégalais, le nom de Sadio Mané revient dans toutes les compositions annoncées, même si son statut dans le onze titulaire reste débattu. À côté de lui, la nouvelle génération prend de l’espace : Nicolas Jackson, Ismaïla Sarr, Lamine Camara, Pape Matar Sarr, des joueurs formés à l’intensité des grands championnats européens. Kalidou Koulibaly, capitaine expérimenté, sera la tour de contrôle défensive face à une attaque française capable de changer de visage à chaque échange.
Le duel tactique central opposera probablement la vitesse de transition sénégalaise à la domination structurelle française. La France voudra dicter le tempo, contrôler les espaces, multiplier les combinaisons. Le Sénégal cherchera à imposer un pressing intense, récupérer haut, exploiter les espaces dans le dos d’une défense française qui peut parfois se déséquilibrer sur les transitions. En 2002, c’est exactement ce scénario que Bruno Metsu avait dessiné.
DEUX MATCHS, UN SEUL MESSAGE
Ces deux affiches ne se réduisent pas à des calculs de points. Elles incarnent la confirmation que le football africain n’est plus invité à la table des grands, il y siège. Le Maroc l’a démontré au Qatar avec une épopée qui a changé la perception globale du continent. Le Sénégal porte depuis 2002 un exploit fondateur que les générations successives continuent de capitaliser.
Ce Mondial à 48 équipes offre mécaniquement plus de marges de manœuvre; les deux premiers de chaque groupe et les huit meilleurs troisièmes se qualifient. Mais pour les équipes africaines engagées dans ces chocs de prestige, l’enjeu n’est pas de se glisser en seizièmes par la petite porte. C’est de prouver, encore une fois, que le continent produit des nations capables de regarder les plus grands dans les yeux et de les battre.
Le coup d’envoi du 13 juin sonnera d’abord à New York. Mais il sera entendu de Casablanca à Dakar.
SOURCES
- Coupe du monde 2026 : La France avec le Sénégal, le Maroc dans la poule du Brésil — https://www.olympics.com/fr/infos/coupe-du-monde-2026-tirage-au-sort-groupes-matchs-france-maroc-senegal-algerie-belgique-format-mondial-football-fifaDécembre 2025
- Coupe du Monde 2026 : Groupe C, Le Brésil et le Maroc en première ligne — https://africatopsports.com/football/coupe-du-monde-2026-groupe-c-le-bresil-et-le-maroc-en-premiere-ligne/Juin 2026
- Brésil–Maroc : présentation complète pour le Mondial 2026 — https://www.goal.com/en-us/news/brazil-morocco-world-cup-preview/bltdf80391584379c4eJuin 2026
- Maroc-Brésil Mondial 2026 : les Lions peuvent-ils gagner ? — https://wacofficiel.ma/actualites/maroc-peut-il-battre-bresil/Juin 2026
- Mondial 2026 : le Maroc doit-il craindre le Brésil ? — https://sport.le360.ma/coupe-du-monde/mondial-2026-le-maroc-doit-il-craindre-le-bresil_UKFCIHQAPZD3DND4FQKGL4IJVI/Juin 2026
- Victoire de prestige du Maroc face au Brésil en amical 2-1 — https://www.arabnews.fr/node/362396/monde-arabeMars 2023
- France-Sénégal 2026 : 24 ans après l’exploit historique de 2002 — https://www.senenews.com/actualites/france-senegal-24-ans-apres-lexploit-historique-de-2002-les-lions-peuvent-ils-encore-faire-trembler-les-bleus_588005.htmlMai 2026
- Coupe du monde 2026 : faut-il s’inquiéter pour le Sénégal ? — https://www.afrik-foot.com/coupe-du-monde-2026-faut-il-sinquieter-pour-le-senegal-liste-des-joueurs-calendrier-des-matchs-et-analyse-des-chancesJuin 2026
