« Le noir est le refuge de la couleur. »
Gaston Bachelard.
Dans notre tour du continent pour faire-valoir ses valeurs, ses coutumes, ses rites et ses savoirs faire, Histoires dâAfrique vous propose de vous arrĂȘter un temps un savoir manuel bien africain et trĂšs populaire : le bogolan !
Tout dâabord, « Bogolanfini » en bamanankan (langue des bamanans) signifie « issue de la terre ». Ce produit textile trĂšs populaire en Afrique de lâouest dont le nom dĂ©signe aussi bien la matiĂšre que le procĂ©dĂ© avec lequel on la colore fait office de tenue traditionnelle originaire de la rĂ©gion de BĂ©lĂ©dougou, une rĂ©gion du centre du Mali, mais le fameux textile peut se dĂ©nicher en CĂŽte-dâIvoire, au SĂ©nĂ©gal, au Burkina Faso voire en GuinĂ©e Conakry.
Les ethnies confectionnant cette cotonnade sont les SĂ©noufos, les Dogons, les MalinkĂ©s et les Bamanans(Bambaras). Des populations que nous pouvions retrouver dans les frontiĂšres de lâancien empire du Mali qui sâĂ©tendait du lac Tchad Ă lâest jusquâaux cĂŽtes de lâactuel SĂ©nĂ©gal Ă lâouest.
La fabrication du bogolan est à la base artisanale. Le coton blanc est filé par des femmes et tissé par des hommes en bandes de 10 à 15 centimÚtres. Par la suite des décoctions à base de produits naturels tels que certaines écorces ou bien certaines feuilles comme le ngalama, de ses noms scientifiques : Anogeissus leiocarpa ou Terminalia leiocarpa.
Les feuilles de cet arbre permettent dâobtenir les couleurs ocres et brunes en plus des vertus mĂ©dicinales qui leurs sont attestĂ©es. Le tanin secrĂ©tĂ© par les dĂ©coctions et fixĂ© sur le tissu fait lâobjet dâune rĂ©action chimique lorsque le fer de la terre argileuse rentre en contact avec ce dernier. Cela permet dâobtenir le noir si intense que revĂȘtent certains bogolans. La boue utilisĂ©e pour les confectionner aurait une symbolique particuliĂšre : cette terre ferrugineuse viendrait des barbotiĂšres oĂč rĂ©sident les Ăąmes des ancĂȘtres.
Elle serait dotĂ©e de vertus protectrices envers la personne qui la porte. Câest pour cela que les chasseurs et les femmes qui accouchent ou en cĂ©rĂ©monie dâexcision le portaient. Ce fut aussi du textile rĂ©servĂ© aux riches ainsi quâaux dignitaires. Il faisait Ă©galement son apparition durant les grands Ă©vĂ©nements comme les mariages ou autres cĂ©rĂ©monies religieuses. Les personnes les plus modestes devaient sâaccommoder dâun bogolan sans motifs et ayant pour couleur unique du blanc, du jaune ou du rouge.
Le bogolan est une technique dâexpression, de transmission de valeurs et de connaissances par ses motifs. Les motifs sont sombres mais il en existe une multitude rendant le bogolan unique. Parmi les motifs les plus frĂ©quents nous pouvons observer des animaux tels que des crocodiles, des Ă©lĂ©phants et des lions ou encore les batailles du XIX Ăšme siĂšcle contre les troupes coloniales.
Des scĂšnes de la vie quotidienne pouvaient Ă©galement ĂȘtre reprĂ©sentĂ©es. Des Ă©pisodes mythologiques et Ă©vĂ©nements liĂ©s Ă la nature peuvent ĂȘtre incrustĂ©s, dessinĂ©s sur le tissu.
Le bogolan est unique par sa fabrication mais aussi par les scĂšnes que son crĂ©ateur met en valeur. Concernant les couleurs plus claires il semblerait que les choix originels se soient tournĂ©s vers de lâarachide ou des cĂ©rĂ©ales afin de crĂ©er un contraste avec le noir profond du textile.
Ce produit textile qui fait aujourdâhui fureur est exportĂ© aux quatre coins du continent africain et vers lâoccident. Le bogolan fait rĂȘver et voyager son hĂŽte vers des terres qui paraissent encore lointaines. Ce nâest pas pour rien si les stylistes du monde entier se lâarrachent. En effet, grĂące Ă Chris Seydou, un styliste et couturier malien nĂ© Ă Kati en 1949 et mort en 1994, le bogolan a le vent en poupe.
Dans les annĂ©es 1980, ce couturier (lâhomme vĂȘtu de blanc au centre de lâimage) a travaillĂ© de maniĂšre Ă mettre en valeur ce savoir faire et le public semble reconnaĂźtre les fruits de son travail. Cependant, la forte demande en bogolan contraint lâartisanat Ă se moderniser dâavantage et tout le monde semble sâĂȘtre emparĂ© de la prĂ©cieuse cotonnade.
Certes, le bogolan est accessible au monde entier notamment grĂące aux progrĂšs comme lâimpression digitale, mais il semble avoir perdu de son aura. La notion de protection ainsi que les motifs traditionnels perdent leur place petit Ă petit⊠La tradition nâest plus reine quand lâimagination et les envies mĂšnent la danse. Câest un point que les stylistes ont parfaitement compris.
En guise de conclusion, pouvons-nous penser que la perte des bases traditionnelles dans la confection des bogolans est anormale et signifie obligatoirement la fin dâune Ăšre ?
Nous pouvons observer cela comme une continuitĂ©, une Ă©volution voire une finition dâun produit qui Ă©tait dĂ©jĂ citĂ© parmi les plus beaux textiles en dehors de lâOccident.
Quoiquâil en soit, les avis sont formels le bogolan coule encore de beaux jours devant lui.







