Le bogolan, tissu noble Ouest africain

« Le noir est le refuge de la couleur. »

Gaston Bachelard.

Dans notre tour du continent pour faire-valoir ses valeurs, ses coutumes, ses rites et ses savoirs faire, Histoires d’Afrique vous propose de vous arrĂȘter un temps un savoir manuel bien africain et trĂšs populaire : le bogolan !

TrĂšs grand bogolan du Mali (194cm X 220cm) - Africouleur

Tout d’abord, « Bogolanfini » en bamanankan (langue des bamanans) signifie « issue de la terre ». Ce produit textile trĂšs populaire en Afrique de l’ouest dont le nom dĂ©signe aussi bien la matiĂšre que le procĂ©dĂ© avec lequel on la colore fait office de tenue traditionnelle originaire de la rĂ©gion de BĂ©lĂ©dougou, une rĂ©gion du centre du Mali, mais le fameux textile peut se dĂ©nicher en CĂŽte-d’Ivoire, au SĂ©nĂ©gal, au Burkina Faso voire en GuinĂ©e Conakry.

Les ethnies confectionnant cette cotonnade sont les SĂ©noufos, les Dogons, les MalinkĂ©s et les Bamanans(Bambaras). Des populations que nous pouvions retrouver dans les frontiĂšres de l’ancien empire du Mali qui s’étendait du lac Tchad Ă  l’est jusqu’aux cĂŽtes de l’actuel SĂ©nĂ©gal Ă  l’ouest. 

La fabrication du bogolan est Ă  la base artisanale. Le coton blanc est filĂ© par des femmes et tissĂ© par des hommes en bandes de 10 Ă  15 centimĂštres. Par la suite des dĂ©coctions Ă  base de produits naturels tels que certaines Ă©corces ou bien certaines feuilles comme le ngalama, de ses noms scientifiques : Anogeissus leiocarpa ou Terminalia leiocarpa. 

Fichier:Anogeissus leiocarpa MS 4185.JPG — WikipĂ©dia

Les feuilles de cet arbre permettent d’obtenir les couleurs ocres et brunes en plus des vertus mĂ©dicinales qui leurs sont attestĂ©es. Le tanin secrĂ©tĂ© par les dĂ©coctions et fixĂ© sur le tissu fait l’objet d’une rĂ©action chimique lorsque le fer de la terre argileuse rentre en contact avec ce dernier. Cela permet d’obtenir le noir si intense que revĂȘtent certains bogolans. La boue utilisĂ©e pour les confectionner aurait une symbolique particuliĂšre : cette terre ferrugineuse viendrait des barbotiĂšres oĂč rĂ©sident les Ăąmes des ancĂȘtres.

Elle serait dotĂ©e de vertus protectrices envers la personne qui la porte. C’est pour cela que les chasseurs et les femmes qui accouchent ou en cĂ©rĂ©monie d’excision le portaient. Ce fut aussi du textile rĂ©servĂ© aux riches ainsi qu’aux dignitaires. Il faisait Ă©galement son apparition durant les grands Ă©vĂ©nements comme les mariages ou autres cĂ©rĂ©monies religieuses. Les personnes les plus modestes devaient s’accommoder d’un bogolan sans motifs et ayant pour couleur unique du blanc, du jaune ou du rouge.

Le bogolan est une technique d’expression, de transmission de valeurs et de connaissances par ses motifs. Les motifs sont sombres mais il en existe une multitude rendant le bogolan unique. Parmi les motifs les plus frĂ©quents nous pouvons observer des animaux tels que des crocodiles, des Ă©lĂ©phants et des lions ou encore les batailles du XIX Ăšme siĂšcle contre les troupes coloniales.

Bogolan du Mali

Des scĂšnes de la vie quotidienne pouvaient Ă©galement ĂȘtre reprĂ©sentĂ©es. Des Ă©pisodes mythologiques et Ă©vĂ©nements liĂ©s Ă  la nature peuvent ĂȘtre incrustĂ©s, dessinĂ©s sur le tissu.

Le bogolan est unique par sa fabrication mais aussi par les scĂšnes que son crĂ©ateur met en valeur. Concernant les couleurs plus claires il semblerait que les choix originels se soient tournĂ©s vers de l’arachide ou des cĂ©rĂ©ales afin de crĂ©er un contraste avec le noir profond du textile.

Making bogolan (mud cloth) on | Stock Photo

Ce produit textile qui fait aujourd’hui fureur est exportĂ© aux quatre coins du continent africain et vers l’occident. Le bogolan fait rĂȘver et voyager son hĂŽte vers des terres qui paraissent encore lointaines. Ce n’est pas pour rien si les stylistes du monde entier se l’arrachent. En effet, grĂące Ă  Chris Seydou, un styliste et couturier malien nĂ© Ă  Kati en 1949 et mort en 1994, le bogolan a le vent en poupe.

Chris Seydou, le bogolan dans la peau - Hamadar

Dans les annĂ©es 1980, ce couturier (l’homme vĂȘtu de blanc au centre de l’image) a travaillĂ© de maniĂšre Ă  mettre en valeur ce savoir faire et le public semble reconnaĂźtre les fruits de son travail. Cependant, la forte demande en bogolan contraint l’artisanat Ă  se moderniser d’avantage et tout le monde semble s’ĂȘtre emparĂ© de la prĂ©cieuse cotonnade.

Certes, le bogolan est accessible au monde entier notamment grñce aux progrùs comme l’impression digitale, mais il semble avoir perdu de son aura. La notion de protection ainsi que les motifs traditionnels perdent leur place petit à petit
 La tradition n’est plus reine quand l’imagination et les envies mùnent la danse. C’est un point que les stylistes ont parfaitement compris.

En guise de conclusion, pouvons-nous penser que la perte des bases traditionnelles dans la confection des bogolans est anormale et signifie obligatoirement la fin d’une ùre ?

Nous pouvons observer cela comme une continuitĂ©, une Ă©volution voire une finition d’un produit qui Ă©tait dĂ©jĂ  citĂ© parmi les plus beaux textiles en dehors de l’Occident.

Quoiqu’il en soit, les avis sont formels le bogolan coule encore de beaux jours devant lui.