Il serait prétentieux de clamer en bonne conscience que la divinité antique que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de Bès est la divinité primordiale du continent africain. Néanmoins, on peut sans trop s’avancer, affirmer avec fermeté que Bès fait partie des toutes premières figures divines que l’être humain ait jamais vénéré.

Nous connaissons Bès car c’est le nom que les égyptiens ont attribué à cette divinité mais il ne serait pas surprenant que celui-ci ait porté bien d’autres noms à travers différentes sociétés africaines.
Dans les représentations qui sont parvenues jusqu’à nous, Bès revêt souvent une coiffure de plumes, une peau de panthère et exhibe un phallus démesuré tout en tirant la langue.
Divinité de la Musique, de la Danse et de la Joie, Bès n’incarne que des valeurs positives au sein de la culture égyptienne antique. Il arbore épées et couteaux mais aussi des instruments de musique.
Malgré son aspect peu attrayant et son exubérance, Bès était vénéré dans toute la Vallée du Nil comme une sorte de génie du foyer. Il s’agissait d’un dieu bienfaisant qui pouvait éloigner les mauvais esprits.

Bès fut également vénéré en tant que divinité de la sexualité, de la fertilité et de la grossesse. Il fût le protecteur du sommeil, considéré comme un état d’extrême vulnérabilité où l’individu est à la merci de forces dangereuses.
Souvent décrit comme un gnome barbu aux traits grossiers et au visage large et réjoui, l’aspect de Bès frappe en contraste avec celui des autres dieux d’Egypte.
Tout le temps représenté de face là où les autres divinités étaient souvent dépeintes de profil, l’aspect physique de Bès dénote à un tel point que même un néophyte pourrait déduire que sa présence dans le panthéon égyptien pourrait être issu d’une influence exogène.
Bès est si ancien que Molefi Kete Asante dit de lui la chose suivante :
« il se tient à la porte des premières réalisations de l’homme en ce qui concerne la sculpture d’images reflétant les désirs les plus intenses de la communauté humaine en matière de communication avec le mystérieux ».
Certains chercheurs ont fait le rapprochement entre l’atypique personnage qu’est Bès et les Twa (ou Mbunti) de l’intérieur du continent. Les Twa sont un peuple pygmée que l’on retrouve principalement à l’ouest de la région des Grands Lacs et dans les hauts plateaux autour du lac Kivu.

Les Égyptiens avaient visiblement une haute estime de ce peuple dont ils considéraient les membres comme des êtres magiques possédant non seulement un aspect physique divertissant à leurs yeux mais aussi et surtout une réelle portée spirituelle.
Les spéculations ont porté à estimer que la découverte des Twa – dont l’aspect physique dénote complètement avec les peuples non pygmées – par d’autres civilisations africaines auraient pu être à l’origine de la création du mythe de Bès.
Il est intéressant de noter qu’en se penchant sur l’étude de nombreuses traditions orales, il n’est pas rare d’entendre l’histoire de peuples qui affirment que les habitants originels de leur régions étaient des communautés naines que leurs aïeux avaient croisés dans le chemin de leurs migrations.
Bien que ces premières populations aient par la suite été effacées par leurs envahisseurs, il n’est pas impossible de supposer que les nouveaux arrivants aient porté un grand intérêt à ces autochtones, tant par rapport à leur mode de vie qu’à leur aspect physique, et les auraient honorés à travers le mythe de Bès.
Tout ceci n’est bien évidemment que pure spéculation. Toujours est t-il qu’au fil du temps, Bès est devenu le champion de tout ce qui est bon et l’ennemi de tout ce qui est mauvais. Il semble qu’il ait été connu à l’origine dans le panthéon égyptien sous le nom de « Aha » (« combattant ») parce qu’il pouvait étrangler des ours, des lions et des serpents à mains nues.
Il est décrit comme un démon, mais il n’était pas du tout considéré comme maléfique. Au contraire, il était un partisan de Râ qui le protégeait de ses ennemis.

Bien qu’à son apparition dans le panthéon de Kemet sous la XIIème dynastie il ait d’abord été le protecteur du pharaon, il est devenu par la suite très populaire auprès de la plèbe égyptienne car il protégeait la femme et l’enfant par-dessus tout.
C’est ainsi que Bès est devenu le dieu de l’accouchement. On pensait qu’il pouvait effrayer les mauvais esprits qui rôdaient autour de la chambre d’accouchement en dansant, en criant et en agitant son hochet. Si la mère connaissait un accouchement difficile, une statue de Bès était placée près de sa tête et son aide était invoquée en sa faveur.
De manière plutôt douce, Bès restait aux côtés de l’enfant après la naissance pour le protéger et le divertir. On disait que si un bébé riait ou souriait sans raison, c’était parce que Bès faisait des grimaces.
En ce sens, Bès est la quintessence de ce que représente un dieu africain car il était le pourvoyeur vis à vis de nombreux besoins quotidiens.
Dans l’histoire de l’humanité, d’autant plus dans celles des Premiers Hommes, le premier défi auquel l’être humain est confronté est celui de la survie à la naissance. Survie pour l’enfant d’abord, mais survie pour la mère également.
Depuis la nuit des temps, on prie le ciel et les forces surnaturelles dans cette mystérieuse épreuve à la fois remplie de magie mais aussi d’incertitudes. C’est tout naturellement que Bès, en tant que divinité liée à la grossesse, s’est hissé au rang d’une des divinités les plus importantes dans la vie quotidienne des habitants de la Vallée du Nil.
Bès n’a pas eu de temples et aucun prêtre n’a été ordonné en son nom mais il était l’un des dieux les plus populaires. Sa surreprésentation en gravure dans les objets du quotidien est là pour en témoigner.

Les archéologues ont retrouvé de nombreux masques et costumes Bès datant du Nouvel Empire. On pense qu’ils ont été utilisés régulièrement et qu’ils ont donc pu appartenir à des artistes professionnels.
Une équipe internationale de scientifiques s’est fixé comme objectif de mieux comprendre les systèmes de croyances, les pratiques culturelles et l’utilisation des ressources naturelles des anciens Égyptiens. Ainsi, elle s’est penchée sur le mystérieux contenu d’un récipient de la collection du Musée d’art de Tampa, en Floride, États-Unis.
Vieux d’environ 2 200 ans, ce récipient était un vase rituel ayant la forme de la tête de Bès.
« Le personnage de Bès étant vénéré comme un génie protecteur, on peut supposer que le liquide bu dans ces tasses était considéré comme bienfaisant », ajoutent les chercheurs.
Ils ont découvert, à l’intérieur, les restes d’une concoction contenant un certain nombre de composés : le Peganum harmala (aussi appelée rue de Syrie), le Nymphaea caerulea (ou lotus bleu d’Égypte) et des plantes du genre Cleome, « dont il est traditionnellement prouvé qu’elles ont des propriétés psychotropes et médicinales ».
Ils ont par ailleurs également identifié des traces de fluides humains en son sein, suggérant « l’implication directe » des Hommes dans de potentiels rituels. En effet, les différentes analyses menées ont révélé une composition assez complexe pour le contenu du vase de Bès.
Le Peganum harmala se distingue en premier lieu. Cette plante possède des graines « qui induisent des visions oniriques », notent les chercheurs dans leur étude. Elles concentrent aussi, en petite quantité, de l’alcaloïde vasicine, qui à certaines doses, peut faciliter l’accouchement ou provoquer l’avortement.
Mais la consommation de liquides hallucinogènes faisait-elle partie des pratiques courantes réalisées dans le cadre du culte de Bès ? Des recherches supplémentaires seront nécessaires pour découvrir à quel point la recette du curieux récipient a pu être employée, en Égypte comme ailleurs.
Il est connu que Bès a été représenté dans la statuesque égyptienne et en gravure de manière plus en plus fréquente à mesure que les Égyptiens se retrouvaient envahis par d’autres peuples. C’est d’ailleurs au cours de la période ptolémaïque que le culte de Bès a atteint son apogée.
Il apparaît sur de nombreux reliefs dans les temples, des milliers d’amulettes et de charmes ont été fabriqués à son effigie.
Les Romains aimaient également Bès et le représentait habillé en légionnaire. Il est par la suite devenue une figure populaire auprès des Phéniciens et à Chypre.
Bès était donc l’une des divinités les plus aimées et les plus présentes dans la vie quotidienne en Égypte antique. À mesure que les populations se déplaçaient à travers le continent et même le monde, la protection de Bès et les tâches qui lui incombaient augmentaient, répondant continuellement aux besoins psychologiques des Africains.
Cependant, sa fonction de Dieu-à-tout-faire l’a ironiquement empêchée de devenir une haute figure de la tradition mythologique que l’on retient aujourd’hui.
La culture populaire actuelle peine encore à réaliser la grande admiration qu’il suscitait auprès des habitants de la Vallée du Nil.
Mais dans le cœur d’une mère, d’un père ou d’un enfant, Bès était probablement le dieu le plus chéri.







