Le 8 mai 1945, date immuable inscrite en lettres d’or dans les annales de l’Histoire, résonne tel un écho lointain, porteur de mémoire et de commémoration. Ce jour-là, marque l’essoufflement des dernières braises de la seconde guerre mondiale qui ravagea l’Europe des années durant.
Dans les rues meurtries des villes et des villages, les visages épuisés par les combats arboraient un mélange indéfinissable de joie et de tristesse, de libération et de deuil. Les drapeaux flottaient au vent, brandis par une population éprise de paix après des années de conflit et de peur.
Les cloches des églises, longtemps tues par la violence des bombes, sonnèrent à nouveau, comme pour célébrer la fin d’un cauchemar collectif. Les larmes coulaient, mêlant les rires et les pleurs, témoins silencieux de la douleur et de la résilience d’un peuple meurtri mais indomptable.
Mais ce 8 mai 1945, symbole de victoire et de jubilation pour les « Alliés », résonne aussi comme le théâtre d’un drame d’une injustice indicible; les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata en Algérie.
Ce jour là, la fin de la guerre et la reddition sans condition de l’Allemagne nazie est célébrée partout en Algérie, alors française.

À Sétif, dans l’est du pays, environ 10.000 personnes se rassemblent. Dans le cortège, à côté du drapeau français, le drapeau algérien, vert et blanc. Et à côté des slogans comme “vive la victoire alliée”, d’autres comme “vive l’Algérie indépendante”.
Cette attitude zélée ne plaît pas au sous-préfet puisqu’il fait retirer pancartes et banderoles indépendantistes.
Mais un jeune homme, Bouzid Saal, refuse de baisser le drapeau algérien. La police ouvre le feu sur la foule. Le jeune porteur de drapeau est tué. Les Algériens excédés ripostent et agressent à leur tour des Européens.
Une véritable émeute s’en suit. Le bilan de ce premier affrontement est déjà lourd… On recense environ 145 morts le soir du 8 mai ainsi que 415 blessés dans les deux camps. C’est le début de deux jours d’émeutes.

L’insurrection démarre le lendemain aux villes voisines de Sétif : Guelma, Kherrata, Bône et à la campagne environnante. Pillages, viols et assassinats se multiplient. Face à cette situation, le gouvernement provisoire du général de Gaulle réagit avec une violence inouïe. Il décrète la loi martiale dans toute la région.
La répression démarre et durera quinze jours. Quinze jours qui semblent durer une éternité. Quinze jours durant lesquels les colonnes du général Duval sèment la terreur, arrêtant les chefs nationalistes, mitraillant des villages également attaqués par l’aviation. Quinze jours de sinistre besogne pour l’aviation et la marine de guerre française qui feront tonner les canons et les ogives sur les populations civiles sans discontinuer.

Une extermination systématique à caractère ethnique de tout ce qui vivait dans l’arrière-pays de vastes régions de l’Est algérien s’ensuivit, à l’abri du regard des troupes alliées qui venaient de sauver la France et les Français de la barbarie nazie.
Le nombre de victimes de cette tragédie reste flou. À l’époque, l’armée américaine, présente sur place, a évoqué 45.000 morts, chiffre officiellement repris par l’Algérie. Les différents chiffres français oscillent entre un millier et 20.000 morts.
Aujourd’hui encore, aucun procès n’a été mis en place pour punir les auteurs du génocide.
