Entre spiritualité, art et mémoire : le monde pluriel d’Ahmad Cissé

Ahmad Bamba Cissé est un artiste sénégalais pluridisciplinaire basé à Brooklyn. Ayant grandi entre le Sénégal et les États-Unis, son parcours atypique, sa vision artistique, ses influences multiples et son engagement envers la culture en font aujourd’hui un de ces jeunes talents dont il faut absolument suivre le fil des aventures !

Une enfance entre les rues de New York et les Daara de Dakar

Ahmad est né dans le Bronx à New York en 1995, mais il est vite envoyé à Dakar sur décision de son père. La première année, c’est auprès de membres de sa famille qu’il la passe. Il fait ensuite 2 années avec son grand frère dans un Daara – ces internats coraniques populaires du Sénégal – avant de revenir aux États Unis en 2002 à l’âge de 7 ans. 

Mais son premier retour est loin de bien se passer. Ahmad s’attire des problèmes à l’école. Il ne se laisse pas faire par ses camarades et se bat souvent car on se moque de ses origines africaines. Il est alors renvoyé renvoyé au Sénégal pour y poursuivre le reste de ses études au Daara. 

« Jusqu’à présent, cela représente tout pour moi, je pourrais le remercier à jamais pour cela. Sans ça, je ne serais pas devenu celui que je suis aujourd’hui. Je vais pas te mentir, j’étais un enfant troublé, ça m’a appris l’humilité. Mon père a pris la meilleure décision qu’il aurait jamais pu prendre. »

Les règles du Daara permettaient quand même à Ahmad de sortir les jeudi et vendredi avec ses camarades. Et les vacances tel que la Korité ou la Tabaski, c’est auprès de sa famille qu’il les passaient, dans le foyer de son oncle. Durant cette période, motivé par l’idée d’un jour retrouver sa famille aux États Unis, Ahmad se focalisa sur ses études. 

« Grandir au sein d’un Daara c’est clairement pas l’expérience la plus plaisante pour un enfant. Mais c’est plus tard que tu te rends compte qu’évoluer en partie dans un environnement disciplinaire se reflète positivement dans la personne que tu deviens en tant qu’adulte. Je ne dis pas que c’est pour tout le monde, je sais que certains enfants en sortent pire encore qu’il n’y sont rentrés, mais dans mon cas cela a été globalement très positif. »

Ahmad démontra toute l’étendue de son potentiel lors de ce second départ en Daara. En 2 ans, il avait déjà mémorisé la totalité du coran. Il est tout de même resté dans le Daara pour mémoriser d’autres livres islamiques. Il passa même sur RTS 1, la télévision nationale du pays, dans une émission nommée « Xaima Xam-xam ». 

« Le premier Xaima Xam Xam s’étant soldé par une égalité, un autre Xaima Xam Xam a été organisé pour départager mon adversaire, et je l’ai remporté.« 

Il gagna aussi la troisième place ainsi que la somme de 10 000 francs et une radio dans une autre émission dont la compétition regroupait des écoles de plusieurs pays. À l’âge de 12 ans, son père l’inscrit à la Franco-arabe d’où il continue ses études tout en continuant à vivre à l’internat.

Bien qu’étant un excellent élève. Ahmad est longtemps demeuré un enfant « rebelle ». Chaque jour libre, dès que l’occasion se présentait, il jouait aux jeux d’argent avec ses camarades de l’internat et profitait.

Le retour aux États-Unis

À sa sortie du Daara, à l’âge de 16 ans, Ahmad s’installe à Cambarène II dans la maison de son père durant quelques mois avant de revenir dans le Bronx la même année.

Mais c’est lorsqu’il s’installe à Détroit qu’Ahmad se révèle quelques années plus tard. Il y découvre Motown, le monde de l’art et son style vestimentaire s’affirme. Il commence également à s’intéresser au jardinage et à la spiritualité. La relation de l’Homme avec la nature l’obmnibule. Le parallèle qu’il fait entre les plantes et les cheveux ainsi que le fait que ces derniers soient des organismes vivants le motive à laisser pousser ses propres cheveux. Au début, ses proches étaient loin d’approuver sa décision, cependant Ahmad n’a jamais démordu.

C’est durant cette période qu’il rencontre la créatrice de « Detroit is the New Black » qui lui propose de prendre son contact.  Elle lui proposa un shooting photo, qu’il accepte. Ses photos firent rapidement le tour de la ville. Bien qu’on lui avait déjà proposé à plusieurs reprises de passer derrière l’objectif, Ahmad ne prenait pas le mannequinat au sérieux à ce moment.

Il rencontre par la suite Matthew Neal, le premier photographe à le prendre sous son aile. Ce dernier le poussa à prendre des photos chaque semaine. 

« C’est lui qui m’a appris les rouages de l’entreprenariat, comment envoyer des e-mails, répondre aux sollicitations etc… »

C’est ainsi qu’Ahmad signa son premier contrat professionnel chez Ethos Models au printemps 2021 et déménagea à Washington DC 6 mois plus tard pour se rapprocher de New-York. De DC il arrive à New Jersey pour un mois en s’installant chez l’une de ses soeurs et en été 2022 il s’installe pour de bon à New York.

Il y rencontre Assane Gaye et y développe avec lui une relation fusionnelle. Les deux créent Jollof Films ensemble. Le projet partait d’un constat; ils ressentaient tout deux un sentiment de frustration vis à vis de la représentation du cinéma africain. 

Ils organisent leur première projection dans la salle Cloud Haus BK après qu’un entrepreneur du nom de Jayson Paulino leur proposa de leur prêter ses locaux pour un quelconque projet qu’ils souhaiteraient réaliser. . Il s’agissait du film « Gelwaar » d’Ousmane Sembène sorti en 1992.

Ce fut une vraie réussite. Après les sollicitations incessantes du public, ils décidèrent d’en faire un programme récurrent. Depuis, l’association s’évertue à organiser une projection par mois.

 » Jollof film est né avant qu’on lui donne nom. »

L’aventure Daily Paper x Converse au Sénégal

Mai 2024, Ahmad est invité à Amsterdam chez Daily Paper où il entends les membres de l’équipe évoquer une collaboration au Sénégal avec Converse.

À peine 2 mois plus tard, en Juillet 2024, son agent l’appelle alors qu’il est à Soho et lui apprends que Daily Paper veut lui booker un voyage pour le soir même. C’est ainsi qu’il arrive au Sénégal pour trois jours de tournage; un jour à Ouakam, le second à Gorée et le troisième à Mbour.

L’équipe de production « Couro Prod », qui se chargeait de tout sur place était entièrement sénégalaise. 

« J’en retiens l’expérience de shoot la plus agréable de ma vie. Toute l’équipe était sénégalaise. Et pour moi, parler wolof sur un set avec une équipe entièrement sénégalaise, il n’y avait rien de plus libérateur. »

N’dobine, le projet à suivre

Ahmad travaille actuellement sur son premier projet intitulé « N’Dobine ». Réalisé en collaboration avec Angel’s Jewelry New York, le chef opérateur et directeur de la photographie Kevin GK Frederick, « N’Dobine » est un projet de grande envergure qui fait appel au cinéma, à la littérature, à la photographie et à une collection de bijoux. « N’Dobine » fait référence au grand calao en wolof, la langue maternelle d’Ahmad. L’idée de ce projet est venue à Ahmad pendant une période de jeûne, une nuit où il avait du mal à s’endormir. C’est tout simplement parce que ces idées ne cessaient de faire leur chemin jusqu’à lui. 

Aujourd’hui, Ahmad continue à avancer au gré de ses succès. À travers son parcours, il cherche avant tout à susciter la réflexion sur l’importance culturelle de tous les travaux auxquels il participe, qu’il s’agisse d’art ou d’initiatives communautaires. 

Un profil éclectique qui ne cesse de s’ouvrir à de nouveaux horizons malgré son parcours effréné. Qui sait ce que demain lui réserve ?

« Ne soyons pas effrayés de grandir. Grandir est plus profond que l’âge mais vraiment la manière dont on développe de nouvelles connexions neuronales, de nouvelles habitudes, trouver le sens de notre vie. Mais ne soyons pas non plus pressés, on a le temps. Les meilleures années sont devant nous. »

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